Notre Histoire
L'histoire du Tamil Eelam
Le Tamil Eelam désigne le projet d'État indépendant que les Tamouls du nord et de l'est du Sri Lanka ont revendiqué à partir des années 1970. Pour comprendre pourquoi ce projet est né, il faut remonter à l'indépendance de Ceylan en 1948.
Les origines de la discrimination
À l'indépendance britannique, les Tamouls représentaient environ 11% de la population (les Tamouls sri-lankais de souche, distincts des Tamouls d'origine indienne amenés par les Britanniques pour travailler dans les plantations). Dès 1948, le gouvernement dirigé par la majorité cinghalaise bouddhiste adopte le Ceylon Citizenship Act, qui prive de facto environ 700 000 Tamouls d'origine indienne de la citoyenneté. C'est documenté dans les archives parlementaires de Ceylan.
En 1956, le Premier ministre S.W.R.D. Bandaranaike fait adopter le Sinhala Only Act, qui impose le cinghalais comme seule langue officielle du pays, excluant le tamoul. Cette loi est considérée par les historiens comme un tournant majeur vers la marginalisation politique des Tamouls. La référence académique de base sur ce point est le travail de l'historien K.M. de Silva, A History of Sri Lanka (1981), qui reste une source de référence, bien que lui-même soit cinghalais et que son point de vue soit critiqué par certains historiens tamouls.
Des émeutes anti-tamoules éclatent en 1958, 1977, et culminent avec le pogrom de juillet 1983 dit Black July : des foules cinghalaises, parfois avec la complicité passive des forces de l'ordre, massacrent des Tamouls à Colombo. Le nombre de morts reste débattu, mais Human Rights Watch et Amnesty International estiment plusieurs centaines à plusieurs milliers de victimes civiles. Cet événement est largement considéré comme le déclencheur de la guerre civile ouverte.
La naissance du LTTE
Le Liberation Tigers of Tamil Eelam (LTTE), fondé par Velupillai Prabhakaran en 1976, n'était pas le seul mouvement armé tamoul, mais il a éliminé ou absorbé les autres groupes pour devenir l'acteur dominant. Le LTTE est classé organisation terroriste par l'Union européenne, les États-Unis, l'Inde et d'autres pays, notamment pour ses attentats-suicides et l'assassinat du Premier ministre indien Rajiv Gandhi en 1991, revendiqué et prouvé judiciaiement. Il est important de le nommer clairement : le LTTE a commis des crimes graves, documentés, contre des civils cinghalais et des Tamouls qui s'opposaient à lui.
La guerre civile (1983-2009)
Le conflit armé dure 26 ans. Il oppose l'armée sri-lankaise au LTTE qui contrôle à son apogée une large partie du nord du pays, avec sa propre administration, ses impôts, et ses forces navales et aériennes. C'est l'un des rares mouvements insurrectionnels à avoir développé une telle structure para-étatique.
Des négociations ont eu lieu, notamment en 2002 avec un cessez-le-feu facilité par la Norvège. Elles ont échoué.
La fin du conflit et les massacres de 2009
En 2009, l'armée sri-lankaise écrase militairement le LTTE dans le nord du pays. Les dernières semaines de la guerre sont l'objet d'une controverse documentée et grave : un rapport d'experts mandatés par le Secrétaire général de l'ONU (le Darusman Report, 2011) estime que des dizaines de milliers de civils tamouls ont été tués dans les derniers mois, possiblement entre 40 000 et 70 000 selon des estimations que le rapport qualifie lui-même de prudentes. Le gouvernement sri-lankais conteste ces chiffres. Le rapport conclut qu'il existe des allégations crédibles de crimes de guerre des deux côtés. À ce jour, aucun tribunal international n'a été constitué pour juger ces faits.
Où en est-on aujourd'hui
Le LTTE est militairement détruit. Le Tamil Eelam en tant qu'État n'a jamais existé. Les Tamouls sri-lankais vivent toujours dans un contexte de tensions politiques, de reconstruction lente du nord, et d'une réconciliation nationale que beaucoup de défenseurs des droits humains jugent insuffisante. La diaspora tamoule, notamment en Suisse, en France, au Canada, au Royaume-Uni et en Allemagne, reste un acteur politique actif.